Il avait un voeu.

Il y pensait à chaque fois qu’il entendait la douce mélodie qui venait de l’ouest, regardant à travers le rideau de végétation dans l’espoir d’apercevoir les toits verts du conservatoire. Il en profitait à chaque fois qu’on l’envoyait balayer les feuilles de la cour, pour rêver à ce jour  où son ballon avait atterrit dans le jardin du Clan du Son. Il avait escaladé le mur avant de retomber dans un petit jardin à l’anglaise où il fut bien en peine de retrouver son jouet tellement les buissons étaient épais et de tailles variées.
C’est alors qu’il relevait la tête après une recherche vaine qu’il l’aperçut.
De l’autre côté d’une large fenêtre, nimbée de lumière, il y avait une très jeune fille assise à un piano. Outre le son merveilleux et serein de la voix et de l’instrument qui arrivait jusqu’à lui, elle lui apparut magnifique avec sa peau délicate, ses cheveux châtains mi-long qui formait un voile soyeux derrière elle, son joli petit nez mutin, l’ombre de ses longs cils sur ses joues et le sourire mystérieux accroché à ses lèvres. Elle était habillée d’une robe bien ajustée qui laissait voir le moins de peau possible avec une collerette blanche de fine dentelle, qui soulignait une délicieuse courbe de cou et des manches retroussées de la même matière d’où sortait des mains fines et agiles qui sautillaient comme un petit oiseau sur les touches du piano.

Il était resté figé par la vision, bien incapable de faire un pas en avant ou en arrière et complètement oublieux de son ballon.

Soudainement, comme alertée par les battements frénétiques de son cœur dans sa poitrine, les mains de la jeune fille s’immobilisèrent au dessus de l’instrument et de doux yeux de biche s’était tournés vers lui.

Au début curieuse, mais sans aucune malveillance, devant son air béat et maladroit, elle avait alors sourit chaleureusement.

Ce qui, inexplicablement, même pour lui, avait provoqué un grand embarras en lui et lui avait fait prendre la fuite.

    -Katoru Winner ! Aboya soudainement le professeur Roderick Hien en lui lançant une craie que le blond ne put éviter.

Elle rebondit sur son front avec un bruit sourd, lui laissant un point blanc au milieu des yeux. La plupart des autres élèves présents s’esclaffèrent devant l’air ahuri du garçon qui regardait le professeur aux cheveux noirs en pétard monter deux à deux les marches pour arriver à sa hauteur :

-Ca y est ? Tu es descendu de ton nuage ?

C’était l’expression qu’il utilisait pour éviter de lui faire remarquer qu’il était tout le temps dans la lune, terme que le jeune héritier du Clan de la Lune aurait surement eu du mal à porter.

-Oui monsieur, grommela Katoru en effaçant de son poing la marque blanche.

-Bien ! Mais dis moi, continua l’homme en s’approchant plus prêt de l’adolescent pour lui murmurer : elle doit être bien jolie la fille à laquelle tu pense pour que je sois obligé de te rappeler par trois fois… 

-Ah monsieur… Fit Katoru, gêné, en se frottant l’arrière de sa tête.

-Petit veinard va ! Si je ressemblais plus à un ange blond, j’aurais autant de succès que toi !

En effet, Roderick Hien ressemblait plus à un voyou qu’à un ange, ce qui ne l’avait pas empêcher de devenir professeur à l’académie où les jeunes de Yamamachi venaient prendre des cours pour maîtriser leurs capacités, comme un service militaire obligatoire.

-Oncle Roderick ! S’insurgea Wufei, un garçon plutôt taciturne aux cheveux noirs peigné en arrière que beaucoup, son oncle le premier, nommait « le rabat-joie ».

-Oui, bon, toussa l’homme, revenons au moment où Katoru nous as abandonné.

Le blond rougit aussitôt mais ne fit aucun commentaire tandis que le professeur revenait s’installer derrière son bureau.

-Comme vous le savez tous, vous êtes arrivé à un niveau de formation qui exige de vous entrainer plus particulièrement. C’est pour cela que l’on forme des groupes d’études. Oui Cloud ? S’interrompit le professeur en voyant le deuxième blondinet de la classe lever la main.

-On a le droit de choisir avec qui on veut être ?

Un sourire fleurit sur les lèvres de Roderick :

-Mais bien sur… Que NON ! Finit-il avec un air sadique, s’accueillant des grognements courroucés et des exclamations indignées des adolescents de 14 ans. J’ai déjà fait les groupes, ils sont sur ma liste !

La liste en question se souleva légèrement de la table, mais l’homme s’empressa d’y plaquer la main en foudroyant Cloud Hagane du regard.

Le petit portait bien son nom, membre du Clan du Métal, il jouait très bien avec la vapeur d’eau.

-Bon, bon… Equipe n°1 ! Heero Yuy !

Katoru tourna la tête vers l’adolescent au fond de la salle, à l’écart, aux cheveux bruns en pagaille et aux yeux bleus comme la mer, c’était le meilleur élève de leur promotion, mais aussi celui qu’ils préféraient le moins. Il regardait toujours les gens avec une immense méfiance, comme s’il allait les tuer. Ils n’avaient jamais vu aucun sourire illuminer le visage du garçon.

-Duo Maxwell !

-Oui Msieur ! S’exclama celui-ci en se levant comme une fusée avant de courir s’asseoir à côté de son partenaire.

Ils formaient un contraste saisissant assis l’un à côté de l’autre : Duo avec les cheveux et les yeux plus clair qu’Heero, mais malgré leur ressemblance, ils étaient le jour et la nuit. Duo avait de très longs cheveux châtains coiffé en tresse, un regard franc et rieur et un constant sourire sur ses lèvres. Il se dégageait de lui une impression de vitalité et de vie alors que de l’autre côté, on avait le danger et la mort.

-Salut Heero ! Fit Duo, on se connait pas très bien, mais je suis sur qu’on va bien s’entendre ! Après tout on a des points en communs ! Tu es bien le dernier membre du Clan de l’Air ? Moi aussi ma famille à été complètement exterminé et je vis seul ! Incroyable cette coïncidence !!!

Pour seule réponse devant la mine joyeuse du bavard, Heero leva la main d’un air inexpressif :

-Monsieur, on peut changer de partenaire ?

-Non ! Répliqua immédiatement le professeur.

-Trop cruel… Feignit Duo en tapant sur son cœur, comme s’il venait de le toucher à mort d’une flèche.

-Wufei Hien ! Termina Roderick.

Les autres élèves retinrent un frisson en voyant l’équipe qu’avait formé là Roderick alors que le brun rejoignait son équipe avec un long soupir.

-Bon, maintenant, l’équipe n°2… Kyo Hien !

Un garçon aux cheveux courts roux leva aussitôt la main. Habillé d’un jean et d’un ample haut de survet, c’était un des élèves les plus calmes de la classe, mais aussi un solitaire. Il avait des yeux orange avec une pupille plus étroite qu’à l’ordinaire qui lui donnait un petit air de chat. C’était un autre membre de la grande famille du feu, cousin de Wufei et lointain neveu de Roderick.

-Trowa Barton !

Tout le monde s’étonna et le nommé leva un sourcil perplexe avant de se diriger vers le roux. Mettre un membre du Clan du Feu avec un membre du Clan des Feuilles alors que les deux familles étaient rivales ! Les élèves se posaient de plus en plus de question sur la façon dont leur professeur avait fait ses listes.

-Et Katoru Winner !

Katoru se leva précipitamment et se posta, intimidé, aux côté du brun aux yeux verts comme le jade. Celui-ci lui rendit un petit sourire amical qui rassura le blond et lui fit perdre le cours des équipes qui se formait autour de lui.

   

    Le village tout autour d’elle se préparait à la fête du Solstice d’Hiver, tendant de grandes guirlandes de chaque côté de la rue principale. Cette rue était dallée et commençait devant l’arche du Clan du feu, pour traverser la ville, la rivière avec un joli pont peint de rouge, l’île où étaient placée le Temple, à nouveau la rivière avec un pont, puis se terminait devant l’arche du Clan des Feuilles. Elle était principalement bordée de restaurants, de bars, de salon de thé et de superettes et les jours de fêtes, elle était bondée de monde et de petites gargotes vendant des barbes à papas, des gaufres au Nutella et autres sucreries.

Tout le monde préparait l’évènement dans la joie et la bonne humeur, les fêtes de fin d’année étaient particulièrement appréciées qu’il s’agissait d’une semaine de liesse où seuls les commerçants de cette rue travaillait. On en profitait pour se retrouver en famille la journée, avant de retrouver ses amis aux fêtes le soir.

Shinobu et Kitsune, assise sur un tonneau, appréciait à leur juste valeur cette frémissante activité qui les entouraient.

-C’est pareil à la maison, révéla Kitsune. Si tu voyais ma maman… Elle est paniquée…

-Pourquoi ? Fit la petite fille blonde à côté d’elle, habillée d’un caleçon et d’un gros manteau.

-Parce que c’est ma maman qui a été choisie pour danser devant tout le monde !

Kitsune, jolie rousse à la peau blanche était bien partie pour devenir aussi belle que sa mère, la charmante Katsura Hien qui avait fait beaucoup de malheureux en acceptant d’épouser Kotarô Chelyan, du Clan de la Terre. Elle était réputée pour être la plus belle femme du village. Réputation dont elle se serait bien passée cette année, même si danser pour la nouvelle année était un grand honneur et permettait, selon la tradition, d’appeler le soleil pour que les journées s’allongent.

Ces fêtes étaient accompagnées de tout un tas de tradition, par exemple, on disait que s’il faisait beau le jour de l’An, c’était que l’hiver ne durerait pas longtemps. On disait aussi que croiser un Tanuki ce jour là était signe de prospérité financière et que le premier rêve de l’année était divinatoire…

-L’année dernière j’ai rêvé d’un concombre qui faisait la taille d’une maison… Songea Kitsune, mais ça ne s’est pas réalisé…

-C’est normal, c’est impossible ! Ria Shinobu.

-Meuh… Grommela la gamine, ce serait bien.

-KITSUNE !!! Allez ma chérie, on y va ! L’appela son père, un homme de forte musculature aux yeux et aux cheveux bruns.

Sa principale qualité était que c’était quelqu’un de très serviable, ce qui malheureusement le desservait par la faute du nom que lui avait donné ses parents, qui faute d’arriver à trouver un prénom imaginatif pour leur cinquième enfant, l’avaient appelé avec le nom banal des chiens. (ps : Kotarô est l’équivalent de Médor ou Brutus au Japon.)

Il venait de faire la livraison de bottes d’orges à la brasserie et de farines au salon de thé et s’apprêtait à rentrer après avoir récupéré les filles qu’il avait laissées dans l’allée principale. Mais évidemment, l’une en avait profité pour se faire la malle.

-Tsune, ma chérie, où est ta grande sœur ?

Celle-ci haussa les épaules, peu intéressée par le devenir de sa sœur ainée qui devait probablement trainer du côté des boutiques de vêtements et d’accessoires avec son équipe. A la place de ça, elle tira sur un bout du pantalon bouffant de son père :

-Ce soir, je pourrais manger de la barbe à papa ?

-Si tu es sage et que tu t’en mets pas partout, oui, annonça rapidement l’homme en cherchant des yeux son ainée et attrapant la main de sa cadette pour l’emmener derrière lui.

Celle-ci se laissa entrainer, faisant des signes de la main à Shinobu pour lui dire au revoir.

    La petite fille blonde se retrouva alors toute seule et soupira car l’école était finie et il lui restait quelques heures avant le début des festivités. Elle sauta de son tonneau et marcha le long de la grande allée, observant les décorations. Au passage, elle aperçut Maya, la grande sœur de Kitsune, châtain comme son père, sortant de la rue des Tailleurs avec à ses côtés, un membre du Clan de la Roche et un membre d’une famille auxiliaire.

Elle arriva au pont, appréciant le bruit de ses pas sur le bois et se penchant pour admirer la clarté de l’eau. Elle passa sa tête à travers les planches pour mieux regarder les poissons bruns qui s’ébattait tranquillement, quand soudainement deux mains la prirent à la taille pour la redresser :

-Fait attention, c’est dangereux ! Fit une voix masculine, douce et claire, qui ne semblait pas avoir encore muée.

Shinobu se retourna pour découvrir un « grand » aux courts cheveux blonds et aux yeux aussi bleus qu’elle. Il portait un hakama bleu foncé avec le symbole d’une lune brodée sur son cœur, le même croissant qu’on pouvait voir en haut de l’arche qui se tenait au bout du pont.

-Grand frère Katoru…

-Combien de fois t’ais-je dis que tu ne devais pas faire ça ?! Morigéna le garçon en attrapant la main de l’enfant pour la mener sur la terre ferme.

Une fois les pieds sur la terre battue de la cour du temple, Katoru plaça la fillette devant lui pour arranger sa tenue et retirer des poussières invisibles, ce qui agaçait prodigieusement l’enfant qui se débattit entre les mains de son grand frère.

-Grand frère ça va comme ça!!!

-C’était comment l’école ? Enchaina-t-il, aucun garçon ne t’a embêté au moins ?!

-MAAAMMMAAAAN GRAND FRERE SE PREND ENCORE POUR TOI !!!! Hurla Shinobu en échappant à son frère pour se jeter dans les bras de sa mère qui venait du jardin.

Celle-ci rit de bon cœur en observant l’air outré de son fils. Katoru ADORAIT sa petite sœur adoptive, mais il avait tendance à trop la couver. Katherine Winner était une femme aussi blonde que les deux enfants, aux cheveux très longs et ondulés, elle avait une beauté fragile qui l’avait presque prédestinée à bien porter le kimono rouge des mikos. Elle caressa affectueusement la tête de Shinobu et la petite fille leva le nez vers elle, radieuse. Les deux femmes restèrent un instant ainsi, les yeux dans les yeux, jusqu’à ce que, jaloux, le grand frère vienne se placer entre elles.

-Pourquoi vous n’iriez pas vous préparer pour la fête ? Proposa Katherine.

-Oui, je veux aider Shinobu à mettre son kimono ! Intervint Katoru.

-Nan !

-Alleeezzz Shiniiii… Laisse-moi te nouer ton kimono…

-Nan ! Je ne veux pas pour le moment, je veux profiter des quelques instants où je peux jouer librement ! Lança-t-elle en courant vers le jardin, telle une fusée.

-Comment s’est passé ta journée à l’Académie ? Demanda finalement Katherine à son fils. Vous avez été répartis n’est ce pas ?

-Oui ! Annonça Katoru. Je crois que je vais bien m’entendre avec mes partenaires !

    Shinobu s’amusait à poursuivre un écureuil qui ramassait les glands tombés par terre, quand soudainement, elle se figea, entendant le doux air d’une musique. Vérifiant que personne n’était dans les parages, elle grimpa sur un arbre avec l’agilité d’un singe, pour monter sur le petit toit du mur qui faisait le tour du temple.

Une fois sur son perchoir, elle chercha d’où venait le son et en conclut qu’il venait du groupe de bâtiments aux toits verts dans la partie sud du village.

Tel frère, telle sœur, elle ne put s’empêcher de vouloir s’approcher et, faisant quelque chose qui aurait tenu hérissé les cheveux de Katoru pendant plus d’un mois, elle sauta au dessus de la rivière pour s’accrocher à une longue branche d’un arbre du bord qui se plia sous son poids, lui servant de liane pour sauter sur la rive sans dégât.

Elle devenait forte pour ce genre d’acrobatie : c’était son moyen pour quitter le temple sans être vue de personne quand l’envie lui en prenait. Shinobu courut le long des rues désertée par les passants qui étaient rentrés se préparer alors que le soleil se couchait. Elle arriva alors devant le mur qui cloisonnait un groupe de maison et pris de l’élan pour l’escalader. Ses premières tentatives se conclurent par des paumes de mains et genoux écorchés, puis à force de persévérance, elle réussit à s’agripper et à se laisser tomber de l’autre côté dans un grand « BOUM » la tête la première dans un buisson.

-Aïe ! Aïe ! Aïe ! Gémit la gamine, proche des pleurs, se tenant la tête de ses mains.

-Oh mon dieu ! Tu vas bien ? Fit la voix d’une autre petite fille et Shinobu s’aperçut que le magnifique son avait disparu.

Elle ouvrit un œil sur sa vis-à-vis, une petite fille aux longs et raides cheveux châtains et aux yeux bruns chaleureux. Elle portait une longue robe bleue turquoise et tenait dans sa main une flute noire.

-La musique, c’est toi ? S’étonna Shinobu qui pensait que seule une adulte pouvait jouer ainsi.

-Oui… Je révise, je suis un peu nerveuse, je vais jouer devant un public pour la première fois ce soir…

-Je suis tombée… Gémit Shinobu.

-Oui, j’ai vu ça, ria la musicienne en sortant un mouchoir d’une de ses poches pour effacer toute trace de terre sur son visage. On ne s’est jamais rencontrée je crois : Je suis Isaka.

-Et moi Shinobu, j’habite au temple ! Réussi t’elle à dire alors qu’Isaka frottait son mouchoir sur ses joues.

-Voila, terminé ! La prochaine fois que tu veux venir, passe plutôt par la porte d’entrée !

-Oui, promit Shinobu en se remettant sur ses pieds. Il faut que je parte maintenant.

-Tu reviendras hein ?! Puisque tu aime la musique, pourquoi ne pas venir prendre des cours au conservatoire ? On pourrait jouer de la flute ensemble !

-Je demanderais à mes parents !

-Hé Shinobu !

-Oui ?

-Tu pouvais passer par la porte aussi pour repartir…

-HEIN ?! PAS POSSIBLE !!!! HAAAA !!!

BOUM !

-SHINOBU ?! TU VAS BIEN !!! Appela Isaka de l’autre côté du mur, ayant vu la petite fille blonde dégringoler aussitôt montée.

-JE VAIS BIEN !!! Fit cette dernière derrière la paroi.

Isaka étouffa un rire avant de rentrer à l’intérieur où ses parents devaient l’attendre, le cœur plus léger par cette rencontre imprévue.

    C’était le premier soir de fête et Kitsune dévorait sa barbe à papa bien méritée en compagnie de Shinobu qui se tartinait le nez en mangeant sa crêpe au Nutella. La rue était envahie par les enfants qui couraient d’animation en animation pendant que les adultes terminaient leur dîner dans les bars, discutant de choses ennuyeuses.

Pour les plus grands enfants, c’était l’occasion de draguer ou de se faire draguer un peu en se faisant remarquer sur la piste de danse installée sur la place du village, pour les plus jeunes, c’était le moment de s’amuser en dépensant les quelques pièces de monnaies économisée dans ce but.

Kitsune s’essaya à la pèche aux poissons sans grand succès, les carpes étaient trop rapides pour elle et quand elle réussit finalement à en prendre une, l’épuisette se déchira sous son poids pour le remettre à l’eau.

-AAAHHHH !!!! Gémit la petite fille.

-C’est pas de chance ! Déclara l’homme qui tenait le stand devant l’air dépité de la gamine.

Elle fit la moue, observant les créatures aquatiques d’un air boudeur. A côté d’elle, Shinobu s’essayait à la pèche au crochet de ballon d’eau coloré et ses tentatives étaient aussi peu fructueuse.

-C’est de l’arnaque, maugréa t’elle en croisant les bras.

-Non, c’est une question d’adresse et de rapidité, expliqua une voix grave derrière elle.

Elle tourna la tête et découvrit un adolescent aux cheveux blonds en pétards, des yeux d’un bleu magnifique et au visage calme. A côté de lui se tenait une petite fille survoltée qui, les bras remplis de peluche, ne cessait d’aller et venir, de tourner la tête en s’écriant « Cousin cousin ! Aide-moi à faire du tir à la carabine ! Cousin cousin ! Allons dans ce manège ! Cousin cousin ! Le dauphin gonflable est trop mignon, aide moi à le gagner ! »

Sans y faire attention, apparemment habitué, le garçon demanda une épuisette au vendeur et se pencha sur le bassin pour se mettre à la même hauteur que Kitsune.

-Le truc, c’est d’en choisir un pas trop grand, mais c’est vrai que les petits sont plus rapides…

Il enfonça sa main dans l’eau, et d’un geste rapide et précis, souleva l’un des poissons qui battit furieusement des nageoires.

-Et voila !

-SUUUPPPERRRRR !!! S’exclama la rousse en le regardant avec de grands yeux émerveillés.

-C’est ma technique secrète de pèche aux carpes ! Déclara-t-il tout-à-trac en lui tendant le petit sac plastique rempli d’eau et du poisson que venait de lui remettre le vendeur.

-C’est pour moi ? Demanda Kitsune, hésitante.

-Oui, tu avais l’air de le vouloir vraiment, acquiesça t’il avec un sourire.

-Merci beaucoup !

Elle récupéra le sac en regardant le poisson d’un air satisfait.

-Je l’appellerais Bubulle ! Continua-t-elle.

Il étouffa un petit rire, puis se sentit tiré par sa cousine qui tenait ABSOLUMENT « à gagner le dauphin gonflable tout de suite parce que au sinon quelqu’un allait le gagner avant elle et ça c’était intolérable. ».

-Je m’appelle Cloud Hagane, précisa t’il. Et la tempête derrière moi, c’est Arisa.

-Je suis Kitsune Chelyan, j’ai 9 ans, se présenta t’elle comme on l’avait habituée.

-Comme ma cousine alors, désolé je dois y aller ! S’excusa t’il alors qu’Arisa avait décidé de partir toute seule et qu’il était le cousin attitré pour veiller sur la petite fille pendant la fête.

Kitsune le regarda partir en se disant qu’il était plutôt gentil, en plus, il lui avait offert le poisson qu’il avait gagné. Elle se détourna pour voir que le grand frère de Shinobu était aussi venu l’aider et s’était lancé dans un jeu de conserve pour gagner un gros panda en peluche.

C’était dans ces moments là que Kitsune regrettait de n’avoir pas de frère et de ne pas bien connaitre ses cousins du Clan du Feu, car du côté de son père, il n’y avait presque que des filles, c’était comme une malédiction.

Elle décida d’abandonner Shinobu car Katoru Winner était insupportable quand il était prés d’elle : il l’accaparait totalement.

Elle flâna au hasard, puis courut vers son père alors qu’il sortait d’une échoppe : les tambours de la grande place résonnaient dans toute la ville, c’était le moment de la Danse cérémoniale de la nouvelle année.

C’était un appel qui faisait sortir tous les adultes, car aucun d’entre eux n’auraient raté ce spectacle, à vrai dire, personne dans le village ne seraient absent et les enfants avaient abandonnés immédiatement leurs activités et la piste de danse avait été libérée.

Il faisait nuit noire et seules quelques torches éclairaient la place et les musiciens. Il y avait là tout l’orchestre du Clan du Son, du plus gros tambour à la plus petite clochette. Au milieu, on pouvait apercevoir Isaka dans sa robe couleur de ciel, sa flute préparée devant elle, en train de remuer nerveusement les pages de sa partition.

Maintenant que tout le village était là, un immense brouhaha avait pris possession des lieux, mais il cessa immédiatement quand les derniers roulements de tambours se turent et que les torches s’éteignirent toutes ensembles, plongeant les gens dans l’obscurité.

Kitsune se serra contre son père mais celui-ci la rassura :

-Ca va être au tour de maman !

Effectivement, quand les flammes se rallumèrent d’elles même, Katsura Chelyan se tenait au milieu de la place, dans une tenue faite de voileries rouges et or, des bijoux au cou et aux poignets. Les musiciens commencèrent à jouer un air doux et joyeux, qui petit à petit, devenait de plus en plus rapide et enjoué. C’était une belle mélodie, mais plus que la chanson, les attentions étaient toute à la jeune femme qui dansait au centre, son corps se balançant en rythme saccadé comme une flamme, ce qu’en donnait l’illusion le châle couleur de feu qu’elle faisait tourner autour d’elle, l’entourait et l’emprisonnait parfois. C’était comme si elle luttait contre lui, sans jamais avoir l’avantage ou le dessous.

Elle s’effondra sur la piste de danse au moment même où les instruments se turent et la place parut perdre de sa luminance et de sa chaleur, comme si la jeune femme les avait éclairés telle un feu de bois en hiver.

Les applaudissements ne se firent pas attendre, plus des sifflements et Katsura se releva pour saluer, les joues rouges par l’effort et la joie.

Malheureusement pour tout le monde, cela signait la fin de cette soirée et il était temps de mettre les enfants au lit, même s’ils assuraient en retenant leurs bâillements que « non j’ais pas sommeil, même que je pourrais rester ici toute la nuit et la journée de demain ! ».          

A suivre…