C’était la dernière journée de fête, aujourd’hui était le 1er Janvier.

Katoru retourna le bac au dessus de sa tête pour s’asperger d’eau froide, serrant les dents, tandis que son père prés de lui faisait la même chose.

-Bien ! Fit ce dernier, rhabillons nous pour passer à l’Autel des Ancêtres.

Katoru acquiesça et commença à enfiler son hakama et à en nouer les attaches autour de sa taille. Il frissonna dans l’air glacial du rotenburo. Sa famille était l’une des rares à posséder ces bains dans leur propriété, les autres se rendaient au complexe de bains tenus par le Clan de la Glace.

Son père disait en riant que c’était le lieu de rencontre des mégères du troisième âge s’échangeant les derniers cancans et il n’avait pas totalement tord, car c’était le lieu où se retrouvaient toutes les rumeurs, d’ailleurs, ce n’était pas pour rien que les membres du Clan de la Glace étaient chargés des informations auprès du Maître du Village. Leur beauté froide n’avait pas leur pareille pour extorquer des renseignements auprès des personnes qui subissaient leurs soins de massages.

Une fois complètement habillés, les hommes de la famille rejoignirent les femmes qui avaient déposés les offrandes et l’encens et finissaient de prier. Elles s’éclipsèrent dans leurs hakamas rouges pour rejoindre les stands où elles distribuaient les prédictions du Nouvel An.

C’était probablement la journée la moins amusante pour Katoru, car il était fort probable qu’il allait se retrouver lui aussi derrière un stand pour vendre des portes bonheurs et ce, toute la journée. Déjà qu’il avait passé la matinée à aider sa tante, sa mère et toutes ses sœurs à faire des tonnes et des tonnes d’onigirus… Bon il fallait dire qu’il avait accepté de bon cœur, rien que pour observer Shinobu faire des boulettes de riz de ses mains maladroites. Le résultat était guère concluant, mais il avait quand même promit de toutes les manger.

Ah quel bon frère il était !

-Kat’, mon petit doigt me dit que tu n’ais pas en train de prier tes ancêtres pour les remercier de leur protection, le rappela à l’ordre son père.

Katoru se mit aussitôt à joindre ses mains et à se pencher plusieurs fois vers l’autel en priant ses ancêtres de le rendre plus concentré et sérieux. Comme son nouveau camarade Trowa par exemple…

Mais c’était tout de même pas sa faute si son pouvoir lui permettait de connaitre les sentiments et les émotions des gens et que forcément, cela l’avait rendu sensible et à l’écoute des autres ?!

-C’est bon, maintenant nous sommes prés à recevoir les autres familles ! Annonça son père à ses oncles. J’attends de vous tous un comportement exemplaire ! Surtout toi, Katoru, n’oublis pas que tu es mon successeur !

-Oui père…             

Pourquoi alors qu’il avait 7 sœurs plus âgées que lui ?!? Pourquoi était-il le seul à avoir hérité de ce foutu pouvoir ?!?

Alors qu’il se dirigeait vers son stand en s’efforçant à ne pas trop trainer les pieds, il observa d’un air maussade « la tribu » de sœur. La plus âgé avait 22 ans et sans nul doute sera-t-elle bientôt mariée, la deuxième avait 20 ans, les premières jumelles en avaient 18, les deuxièmes en avaient 16 et sa sœur ainée 15. Et ça papotait et ça pépiait et ça prenait Katoru pour une poupée…

Personne dans ce monde ne connaissait son enfer…

-Katoru ! Katoru ! Mon petit frère préféré ! S’exclama Maria en lui coupant la route.

-Tu n’as qu’un seul frère, soupira celui-ci en sachant d’avance ce qui allait lui tomber dessus.

En effet, les quatre jumelles se réunissaient aussi autour de lui en sautant d’excitation.

-Marc va venir ici, expliqua Maria. J’aimerais savoir s’il est amoureux de moi… Pour pouvoir me confesser tu comprends. Tu ne voudrais pas que ta grande sœur préférée se fasse repoussée !

-Kogure vient aussi ! Tu pourras voir pour moi ? Tu sais que je t’aime plus que Maria !

-Non c’est moi qui aime le plus Katoru, et il va voir si c’est moi qu’il préfère!

-C’est même pas vrai ! C’est moi qu’il préfère !

Et voila ce qu’était Katoru pour ses grandes sœurs : un détecteur à petit-ami ! Il était trimballé d’une sœur à l’autre, comme une grosse peluche, chacune pensant que l’avoir dans ses bras signifierait qu’il les aiderait.

Généralement il se laissait faire car il savait que les sentiments de ses sœurs n’étaient pas mauvais, jusqu’à ce que Shinobu entre dans son champ de vision et qu’il se précipite vers elle pour la chouchouter.

-Ne sois pas jalouse Shini, c’est toi que je préfère, lui assura t’il en la prenant dans ses bras sous les exclamations indignées de ses grandes sœurs.

Après qu’Iria, la sœur la plus âgée, se soit occupé de rappeler aux jeunes filles pourquoi elles étaient là et les aient placées à leurs places, Katoru alla rejoindre son petit stand, préparant les portes bonheurs pour l’amour et l’argent, les plus demandés. Il s’apprêta aussi à détecter les garçons qui intéressaient ses grandes sœurs.

    Le Clan du Feu arriva le premier, comme à son habitude et il regarda d’un air las la soixantaine de membres escalader les marches menant au temple dans leur habits traditionnels et ce, malgré le froid.

Il savait que de l’autre côté de la colline, le Clan des Feuilles ne tarderait pas à apparaitre.

Vingt minutes plus tard, après que le Clan de l’Eau soit passé en grande pompes dans leurs kimonos de toutes les couleurs, il aperçut Trowa et Kyo qui descendaient les marches dans sa direction en discutant.

Curieusement, en raison du caractère conciliant ou silencieux, Katoru ne serait le dire, de Trowa, lui et Kyo s’entendaient à merveilles. Passé le « argh il est du Clan ennemi ! », ils se respectaient mutuellement et à vrai dire, ils n’avaient aucune raison de se battre tellement leurs centres d’intérêt étaient éloignés. Kyo utilisait la force brute pour se battre, Trowa la force souple. Kyo fonçait dans le tas sans réfléchir, Trowa était un tacticien.

-Yo ! Katoru ! Le salua Kyo en levant la main.

-Bonjour tout les deux ! Vous allez bien ?

Kyo sortit un papier de sa poche, l’air grincheux :

-Regarde ma prédiction de nouvelle année : « La foudre vous tombera dessus ». Et cette nuit j’ai rêvé que quelque chose me poursuivait partout !

-Ce ne sont pas de bonnes prédictions, compatit Katoru. Tu devrais vite aller la  nouer sur une branche d’érable. Et toi Trowa ?

-« Une arrivée d’argent imprévue » et cette nuit j’ai rêvé d’un aigle s’envolant vers le soleil.

-…

-Tein il est blasant ce type ! S’insurgea Kyo. T’as fait un super rêve, tu veux pas qu’on échange nos prédictions ?

-Kyo, on ne peut pas échanger les prédictions, lui rappela gentiment Katoru. Vas vite la nouer à une branche.

-Ouais, ouais, grommela le roux en se dirigeant vers un arbre, mais comble du désespoir, le papier ne voulait pas rester noué sur la branche et se défaisait aussitôt que le garçon le lâchait, le rendant fou de rage.

-Il est vraiment maudit, conclut Trowa.

-Oui… J’ai presque de la peine pour lui.

-Et toi ?

-Euh… Je préfère attendre la fin de la journée… déclara Katoru en rougissant.

-Pourquoi ? Demanda sans ambages le brun.

-En quittant mon poste, j’ai peur de la rater… Expliqua-t-il d’une petite voix en baissant la tête, définitivement rouge coquelicot.

-Une fille ?

-Ouais… J’aimerais lui demander son prénom, je sais où elle habite, mais à chaque fois j’ai trop peur de lui parler…

-Hum, fit Trowa. Ce serait dommage quand même si tu n’allais pas lui parler aujourd’hui. Prend ton courage à deux mains et lance-toi. De toute façon, tu seras en avance quels sont ses sentiments.

-Eh bien en fait… Non… J’ai mis un certain temps à comprendre pourquoi j’avais peur d’aller vers elle : C’est la seule personne dont je ne ressens pas les sentiments ! Même pas des bribes ! Rien ! Le néant ! Elle est une énigme pour moi !

Un sourire moqueur éclaira les lèvres de Trowa tandis qu’il lui donnait une pichenette sur le front :

-Je suis heureux de savoir qu’en amour, tu es comme tous les autres garçons face aux filles : c'est-à-dire dans le brouillard ! Ca n’aurait pas été juste sinon !

Katoru passa une main sur son front, l’air faussement vexé, il s’apprêta à répliquer, mais la tirade de Kyo l’en empêcha.

-PUTAIN DE PAPIER TU VAS T’ACCROCHER ! MERDE J’EN AI MARRE ! C’EST VRAIMENT PAS, MAIS PAS DU TOUT MON JOUR !!!

-Pourquoi les membres du Clan du Feu se trouvent obligé d’utiliser au moins un gros-mot dans leurs phrases ? Se demanda Trowa alors que le rouquin donnait un coup de pied dans le tronc face à lui.

-KYO ! ON NE FRAPPE PAS DANS LES ARBRES SACRES ! Lui conseilla Katoru. Ca porte malheur.

-Le malheur il y est jusque dans le cou, répliqua son voisin.

-MAIS JE VOUS EMMERDE !!!

    Naru s’était plantée dés l’aube devant le restaurant, dans sa jolie robe rose. Aujourd’hui, elle avait même décidée de ne pas suivre ses parents au Temple tant qu’elle ne l’aurait pas vu passé.

Heureusement, le dernier jour des festivités, les restaurants et bars fermaient et ses parents pourraient l’emmener à la fête. Ils n’avaient pas idée comme ça avait été horrible pour elle d’attendre toute la semaine à regarder les autres enfants s’amuser à travers la fenêtre du salon, des relents de gaufres et de chocolats arrivant à son nez, et cela, pour garder son petit frère !

C’est alors qu’elle trépignait d’impatience dans l’air froid que le Clan des Feuilles passa devant elle, les hommes, comme les femmes, dans de longues tuniques blanches, une grande feuille brodée en fil d’or et d’argent sur la poitrine. Les gens dans la rue s’était arrêté pour les admirer et la petite fille dû se faufiler pour revenir au premier rang. C’est d’ailleurs au moment où elle se dégageait d’entre deux hommes que celui qu’elle attendait impatiemment passa devant elle.

L’habit traditionnel lui allait à merveille, l’épaississant de mystère et de sérénité. Elle se souvint alors de leur rencontre, il y avait de cela trois mois. Elle avait attrapé une méchante grippe et sa mère avait dû appeler le Clan des Feuilles pour qu’on leur envoi quelqu’un.

C’était le Chef du Clan en personne qui s’était déplacé et il s’était fait accompagner par son plus jeune fils, Trowa Barton. Après qu’Eden Barton l’ait examiné et qu’il ait rejoint ses parents dans le salon pour leur donner leur verdict, elle avait eu une poussée de fièvre douloureuse et s’était mise à pleurer, appelant sa mère. Trowa qui était resté à ses côté avait alors posé une main sur son front et lui avait murmuré des paroles réconfortantes qui avaient aussitôt eut de l’effet.

Naru s’était endormie bercée par sa voix.

Elle regarda la silhouette éthérée du garçon disparaitre dans la foule, se demandant comment elle pourrait se faire remarquer de lui. L’avait il déjà oubliée ?

En cet instant, elle n’était qu’une insignifiante petite fille…

    -Laisse tomber Kyo, t’y arrivera jamais, déclara Trowa avec flegme, alors qu’il se tenait adossé au stand en bois rouge de Katoru.

Le rouquin s’assit alors sous l’arbre, boudant et broyant du noir, pour la plus grande hilarité de ses compagnons qui cachèrent leurs éclats de rires, le brun en gloussant, la tête tournée, le blond en toussotant, les joues rouges.

-Au fait, se rappela soudainement Trowa, Roderick-sensei m’a chargé de te prévenir que l’entrainement demain se ferait dans la zone 7 et qu’on doit apporter deux dictionnaires.

-Deux… Dictionnaires ?! Qu’est ce qu’il veut qu’on fasse avec ça ?!

-Kyo lui a lui aussi posé la question.

-Et qu’à t’il répondu ?

-« Il y a énormément de façon d’utiliser un dictionnaire! », répétât Trowa.

-C’est pour le moins énigmatique.

-Je préfère ne pas m’avancer. Mais je trouve qu’on aurait pût tomber pire au niveau des répartitions des professeurs par équipe.

-Tu veux parler de…

-…Mizuhiro-sensei…

-Pauvre équipe 1… On raconte que Duo a dût faire cinquante tours de Yamamachi les pieds attachés à la suite d’une de ses facéties…

-On raconte aussi que Mizuhiro-sensei est capable de fermer la bouche d’Heero d’un regard et que Wufei en a une peur bleue. Je suppose que pour une équipe aussi terrible que la leur, il fallait un professeur tout aussi terrible…

-Il n’y a pas que Wufei qui a peur, Mizuhiro-sensei me terrifie… Gémit Katoru. Chacun de ses cours étaient pour moi une torture psychologique ! Je me souviens que je sortais tous les soirs de l’Académie en pleurant !!!

-Tu n’as pas à en avoir honte, des plus durs que toi éclataient en sanglots et Kyo ici présent était paralysé de peur à chaque fois que Mizuhiro-sensei prononçait son nom.

-Mais toi Trowa, tu n’as jamais eu l’air d’avoir peur, intervint Katoru d’un air admiratif.

-Oh… Moi… Répondit-il évasivement en détournant le regard.

*C’était juste une façade… Mes genoux tremblaient à chaque fois que j’étais interrogé… C’était horrible…*

-Le dernier des grands clans est passé, constata Kyo en se mettant à leur niveau, observant les formes vivement colorée du Clan de la Terre monter jusqu’au sanctuaire.

-Ca me fait penser ! Intervint Katoru, Kyo, tu n’as pas froid ?

Kyo fit glisser un regard noir sur le pauvre blond, laissant à penser que ce n’était pas vraiment la question à poser. En effet, le rouquin, comme tous les garçons de son clan était habillé d’un kilt aux couleurs de sa famille, d’une étoffe traversant sa poitrine, de hautes chaussettes blanches et de sandales en cuir.

-Non, je n’ais ABSOLUMENT pas froid, grogna t’il d’un ton venimeux.

-Ha, ha, désolé… S’excusa Katoru même s’il ne comprenait pas pourquoi il devait le faire.  

En sondant le cœur de Kyo, Katoru sentit de la rancune, il aurait pût s’interroger plus longtemps sur son comportement, mais il se raidit en apercevant au milieu de toute la foule la fine et légère silhouette de la fille dont il était amoureux. Ses joues se teintèrent aussitôt de rouge, tandis qu’il cherchait en vain à se pousser pour aller la saluer, mais aucun de ses muscles ne voulaient réagir.

-Ho Katoru, tu es tout rouge, lui fit remarquer Trowa.

Trop tard, déjà la silhouette tant aimée s’éloignait.

-J’ai encore raté ma chance… Gémit pitoyablement Katoru alors que son ami cherchait à découvrir laquelle de toutes ses filles étaient sa bien aimée.

-C’est HORRIBLE, MAUDIT SOIS-JE !!!!

Trowa s’apprêtait à dire quelque chose quand il s’aperçut que Katoru avait « craqué » et qu’il était en train de planter avec des clous une poupée à son effigie (sortie d’on ne sait où) sur un arbre. « Craqué » était le terme qu’utilisait tout le village quand le blond faisait des crises de schizophrénie dû à son extrême sensibilité, dans ces moments là, chacun savait en croisant son regard bleu fixe qu’il fallait mieux ne pas se trouver sur son passage.

-Arrête ça enfin ! Ca ne résoudra pas ton problème !

-Si c’est moi le problème ! Je suis si laaaache ! Je n’ai aucune once de courage ! Comment quelqu’un comme moi peut aimer une fille si parfaite ?!?!

-T’éxagère pas un peu…

-NON ! L’AIR QU’ELLE RESPIRE EN LUI-MEME EST PARFAIT !!! Rétorqua Katoru en levant un regard fou sur son ami.

*… Parfois il est plus effrayant que Mizuhiro-sensei…*

-Oui ! Oui ! On a compris ! Ta copine est parfaite ! Le calma Kyo avec un sourire forcé, puis doucement à Trowa : Il faut mieux le laisser seul dans ses moments là…

Le brun hocha la tête :

-Je dois aller rejoindre les miens.

-Et moi il faut que j’aille changer de fringues avant le festival ! On se retrouve là bas Katoru !

Kyo s’empressa de détaler, mais Trowa se retarda encore un peu devant le blond :

-Et n’oublies pas Kat’, rien ne changera si tu as peur. Ce n’est pas une fatalité, les choses peuvent changer. Et même s’il pleut, il peut faire soleil demain, il faut les deux pour faire germer une graine.

-Merci Trowa…

    Naru regardait autour d’elle avec enthousiasme. Son regard était attiré de toutes parts par des lampions de toutes les couleurs, par les vives couleurs des vêtements de la foule et des stands. Un orchestre jouait de la musique sur la grande place tandis que des feux d’artifices éclairaient le ciel d’encre dans de grands bruits de pétards. Elle tenait la main de son père tandis que son frère tenait celle de sa mère.

Pour l’occasion, ses oncles, tantes et cousins du Clan Psy étaient avec eux, discutant et riants, profitant de ce dernier jour de congé. Naru avait aussi du mal à imaginer qu’elle devrait repartir à l’école demain, mais contrairement à sa cousine Emily, elle avait eut largement le temps de faire ses devoirs.

En marchant, elle avait déjà croisée Asuka et Alec, ainsi que Mizuki, mais il y avait tellement de monde qu’une chatte n’y retrouverait pas ses chatons.

Pourtant…

Naru tourna la tête, comme attirée, ses belles boucles brunes volant autour de son visage. Il était là, pas loin. Elle pouvait le sentir. C’était comme un douce brise accompagnée d’une odeur de sève de pin.

C’était la première fois qu’elle s’apercevait qu’elle avait la capacité de percevoir les énergies spirituelles. A l’école, on leur avait vaguement appris ce que c’était : chaque êtres vivants possédaient une énergie spirituelle, plus celle-ci était forte, plus les capacités qui y sont jointes étaient puissantes. Seulement, il était rare qu’un enfant de son âge soit capable de la sentir, ce genre de choses était enseigné à l’Académie et beaucoup d’étudiants n’y arrivaient jamais.

Le fait d’être née dans le Clan Psy devait probablement la favoriser à ce niveau là.     

Elle lâcha la main de son père et couru vers la source du vent à l’odeur de pin. Elle n’entendit pas derrière son père lui ordonner de revenir en faisant un pas pour la rattraper, avant d’être stoppé par un groupe d’adolescents papotant.

Elle nageait dans la masse et brutalement fut assaillie par toutes les énergies spirituelles présentes autour d’elle. Chaleur des flammes, tranchant de la glace, senteur de fleurs, moiteur de la terre, froideur de l’eau, lumière lunaire…

Elle tourna sur elle-même, totalement perdue, son sens de l’orientation complètement bouleversé.

Personne ne faisait attention à elle, pourtant leurs énergies plus ou moins effrayantes la blessait, comme le bruit d’ongles sur un tableau noir.

Alors qu’elle s’apprêtait à s’effondrer à terre, deux bras la retinrent et son dos vint cogner un torse.

-Est-ce que ça va Jou-san ?

La brise à l’odeur de pin l’entoura sereinement, formant une bulle autour d’eux, la protégeant des autres énergies spirituelles. Elle ferma les yeux un instant, rassurée.

Elle ne s’était pas trompée.

Trowa Barton la remit sur ses deux pieds et la tourna vers lui.

-Tu es toute pâle, constata t’il. Où sont tes parents ?

-Je… Je ne sais pas…

-Tu es perdue alors…

Le garçon regarda à droite et à gauche avant de lui dire de ne pas bouger et disparut dans la foule. Naru ouvrit la bouche et tendit la main dans l’intention de lui demander de ne pas la laisser seule, mais il était trop rapide. 

Il revint quelques minutes plus tard et mit dans la main de la fillette un grand sucre d’orge multicolore.

-Ne sois pas triste, je vais t’aider à les retrouver.

-Merci beaucoup, déclara Naru en cachant un rougissement en baissant la tête avant d’attraper la main que le garçon lui tendait.

Elle tenait fermement dans l’autre le sucre d’orge, cadeau trop précieux pour être mangé.

Trowa s’en aperçut et le lui fit remarquer :

-Tu devrais le manger, c’est bon quand on se sent faible.

Elle se contenta d’hocher la tête et se laissa entrainer à sa suite dans le festival. Alors qu’ils marchaient ensemble, elle se demanda s’il se souvenait d’elle et se sentie peinée quand elle se dit que ce n’était probablement pas le cas. 

Au bout d’un moment, les cris de sa famille qui la cherchait les guidèrent jusqu’à eux. En la voyant, sa mère fendit sur elle pour la prendre dans ses bras.

-Oh mon dieu, j’étais si inquiète…

-Désolé maman…

Son père s’approcha de Trowa et le salua :

-Je vous remercie d’avoir veillé sur ma fille Lord Barton. Je suis désolé pour le dérangement !

-Ce n’est rien, assura le garçon. Le plus important c’est qu’elle vous ait retrouvé.

Il s’inclina à son tour devant l’homme pour prendre congé, mais alors qu’il tournait le dos, la petite fille s’échappa des bras de sa mère.

-Je m’appelle Naru Tamashi !!! Se présenta-t-elle. Je suis ravie de faire votre connaissance !

-Et moi Trowa Barton, déclara celui-ci en la regardant par derrière son épaule, je m’en souviendrais.

   

     Le soleil commençait à disparaitre derrière les montagnes, assombrissant tout Yamamachi qui se préparait pour le festival. Tous hormis le Clan de la Lune qui nettoyaient et rangeaient le Temple alors que les dernières familles commençaient à partir.

Katoru, le cœur lourd, balayait les feuilles du chemin menant à l’autel le plus haut, il avait ainsi une vue magnifique sur le village. Il posa une main sur le manche et se laissa aller, soupirant et sortant des pans de son kimono un petit bout de papier où était écrit sa prédiction.

-« Patience et espoir font naitre le printemps », hein…

Il reconnaissait l’élégante écriture de sa mère, mais pour rien au monde il ne serait allé lui demander ce que cela signifiait : une prédiction demandait une interprétation personnelle.

Il soupira de nouveau et s’apprêtait à reprendre son travail, quand levant le nez, il aperçut, au tournant du chemin, la silhouette écarlate qui lui avait échappé des heures plus tôt. Elle se tenait devant lui, souriante, mystérieuse.

Katoru ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais il se sentait vide et bête, incapable de réfléchir. Mais avant qu’il n’ait eu le temps de dire une syllabe, la jeune fille jeta quelque chose dans sa direction.

Un ballon rouge fit une arabesque dans le ciel avant de lui atterrir dans les mains. Katoru le tourna et reconnut la balle qu’il avait laissé dans le jardin du Clan du Son il y avait quelques temps.

-Mer… Merci…

-De rien. Fit-elle. Je suis venue te le rendre puisque tu n’es pas venu le chercher.

-Tu n’étais pas obligée…

-« C’est le bon moment pour régler vos dettes. » C’était ma prédiction, mais je voulais le faire depuis un moment… Je m’appelle Isaka Shouka. Et toi ?

-Katoru… Katoru Winner… Enchanté. 

A suivre....