Après l’anniversaire de l’héritier du Clan du Feu, les évènements reprirent leurs cours normal, les gens se préparant déjà pour les fêtes de fin d’année. Les enfants de l’année du 36eme dragon arrivèrent tous à l’âge de 10 ans et les fêtes passèrent, l’hiver passa, puis le printemps, puis finalement le mois de juin arriva avec toute la fébrilité que l’été amenait.

En effet, les écoles fermaient, ainsi que l’académie et une chaleur infernale s’abattait sur le village vidé à moitié des habitants qui avaient fuis à Bright.

Et pour ceux qui restaient, c’étaient de longues heures passées à chercher la fraicheur auprès des ventilateurs électriques, des glaces vendues dans la rue, de la rivière ou de la piscine.

Mais au bout de deux mois, avec l’absence de ceux qui étaient partis et après avoir épuisé toutes les activités à faire, les enfants espéraient ardemment le retour de l’automne.

-J’ai chauuuuud… Marmonna Asuka, étendue sur les tatamis de la chambre de Mimiko.

-J’ai chaud aussi, répondit la brune prés d’elle.

-Et moi donc, approuva Sumomo.

-Je vais fondre, annonça Naru.

-Arrêtez de dire que vous avez chaud, ça me donne encore plus chaud ! Gémit Shinobu.

Ensemble elles formaient le contingent de celles qui n’étaient pas partie. La ville de Bright appartenant au Clan du Feu, il était normal que tous soient partis profiter de leur résidence secondaire à la mer (à part Asuka qui n’avait encore jamais eu l’occasion d’y aller.). Mizuki avait été invité dans la demeure de Dan Hien et bien que celle-ci avait dit à ses amies y aller sans plaisir à cause d’Alec qui prendrait surement un malin plaisir à la faire pleurer et la faire tourner en bourrique pendant tout l’été, ces dernières ne pouvait que l’envier. La famille d’Arisa avait aussi sa villa là bas. Isaka avait pût s’y rendre avec ses sœurs pour assurer la saison des bals et Kitsune était partie dans la maison de campagne de sa famille. 

La famille de Mimiko avait bien une villa à Bright, mais elle était en ce moment louée à une famille du Clan de la Terre en échange d’un service.

Shinobu était considéré encore trop jeune pour assister aux bals et risquer d’être une gène pour ses grandes sœurs et sa mère. Naru devait aider au restaurant et la famille de Sumomo s’était prise trop tard pour louer une chambre d’hôtel.

Résultat, elles zonaient dans le Clan de l’Eau qui, étant construit sur la rivière, était l’endroit le plus frais qu’elles connaissaient.

-Est-ce que quelqu’un a une idée de quelque chose à faire ? Marmonna Asuka qui en avait assez de se trainer.

-On pourrait aller à la piscine… Proposa Naru.

-Oh nooon, ya trop de monde là bas et la piscine d’extérieur était tiède, répliqua Mimiko.

-Ah si seulement on avait l’âge pour aller dans la partie adulte… Il parait qu’il y a des bains où flottent des morceaux de glace… Et des brumisateurs d’eau fraiche… Rêva Sumomo en s’éventant.

Il y eu un instant où chacun soupira et où le furin accroché au dessus de la porte tinta très légèrement sous une brise de vent chaude.

-Allons jouer aux pirates prés de la rivière, fit Shinobu. On s’éclaboussera jusqu’à être toutes trempées !

-Tu as oublié qu’on peut plus y aller à cause du groupe qui nous a battus la dernière fois… ? On s’est retrouvée couverte de boue et je me suis fait grondée par ma mère ! Râla Mimiko.

-Si Arisa avait été là, c’est eux qui se serait enfuit… Commenta Asuka. Quand elle rentrera on leur donnera une bonne leçon à ces garçons !

-Oui !

-Oh je sais ! Fit Shinobu, allons continuer nos cabanes ! Grace aux arbres on sera à l’ombre ! Et puis les garçons du Clan de la Pierre ne pourront pas nous embêter !

-Oh oui ! Et puis il faut qu’elles soient prêtes pour le retour des autres ! J’ai déjà prévu d’installer un endroit pour s’asseoir et il faut aussi une table ! Approuva enfin Mimiko qui se releva sur ses fesses. Et puis ma mère m’a donné des tissus très jolis pour faire des rideaux !

-D’accord ! Allons au Clan des Feuilles !

Le groupe des fillettes se releva, réuni leur matériel dans une brouette et se précipita dehors, traversant les divers ponts qui menaient à la rive et foncèrent vers la forêt.

En réalité, leurs cabanes se trouvaient à la frontière du Clan des Feuilles et de celui de la Lumière, là où les beaux jardins remplis de fleurs laissaient la place à de la belle herbe verte qui se mêlait aux plantes de la forêt. C’était l’oncle de Mizuki qui leur avait permis de les construire sur leur terrain. Quant au père de Mizuki, c’était un homme sympathique qui venait souvent les voir et les aider à construire leurs maisons de bois, tout en leur apportant à chaque fois des fruits qui venaient juste d’être cueillis par le Clan des Fleurs. Lorsque quatre heures arrivait, elles se rendaient aux cuisines du château pour boire de la limonade et manger des sorbets.

-La dernière arrivée est une vieille salamandre ! Lança Sumomo en courant sur le petit chemin de terre qui longeait le bois.

Elles se mirent toutes à courir en rigolant, la brouette poussée par Naru et Shinobu bringuebalant dangereusement, mais ce furent les seules qui n’abandonnèrent pas rapidement. Mimiko, Asuka et Sumomo ralentirent le rythme et les perdirent de vue car il faisait trop chaud pour s’agiter. Finalement elles s’arrêtèrent toutes en voyant face à elles un « grand » aux cheveux châtains foncés en bataille et un regard sombre peu sympathique. Il portait une étrange tunique avec un col montant et qui tombait en deux pans sur un pantalon, l’un devant l’autre derrière.

-Oh ! C’est « le survivant du Clan de l’Air », mon père dit qu’il est dangereux et qu’il faut pas l’approcher, murmura Mimiko à Asuka et à Sumomo qui se trouvaient prés d’elle.

-C’est vrai qu’il fait peur… Tu crois qu’il va nous sauter dessus ?

-Partons, ça ne me dit rien de bon, fit Sumomo en tirant sur les T-shirt de ses amies.

Le jeune garçon fit alors un pas en avant et les trois petites filles se mirent à courir dans le sens opposé en criant de toutes leurs forces avant de se cacher derrière un buisson.

-Quel horreur, il est effrayant !
-Vous avez vu son regard ? On dirait celui des méchants dans les films!

- Taisez-vous, il arrive ! Faut pas qu’il nous trouve !

Mais le jeune garçon passa devant elles sans même chercher à les trouver et s’engouffra dans le Clan des Feuilles.

-Qu’est ce qu’il vient faire ici ? Demanda Sumomo, piquée par la curiosité. Suivons-le sans nous faire remarquer !

Comme cela sonnait comme un nouveau jeu et que les fillettes avaient complètement oubliées leurs cabanes, elles s’engouffrèrent à leur tour dans la forêt. C’était la première fois qu’elles entraient dans le Clan de la Feuille et n’y étant pas invitée, elles avaient peur d’être découverte, malgré le fait qu’elles savaient qu’une grande partie de ses habitants était partie dans la montagne.

Elles ne virent pas d’habitations mais cela ne les étonnaient pas car on disait qu’elles se fondaient dans la forêt. Partout autour d’eux c’était feuilles, troncs, plantes, racines, petits ruisseaux, oiseaux, écureuils, lapins, rongeurs, renards… La vie fourmillait à chaque pas, manquant de déconcentrer Asuka, Sumomo et Mimiko de leur but initial.

Un moment elles pensèrent avoir perdu leur proie, et elles commencèrent à paniquer, craignant de s’être perdue, mais une voix puissante arriva jusqu’à elles et les trois fillettes la suivirent jusqu’à découvrir une clairière où se trouvait quelques troncs d’arbres coupés. Trois personnes s’y trouvaient, dont deux garçons et une grande personne de dos.     

-Alors qu’est ce que vous attendez pour vous y mettre ?! Le déluge ?! Je veux vous voir enchainer des katas dans les minutes qui suivent sinon vous pourrez servir de nourriture aux oiseaux comme votre camarade !!!

-Mizuhiro senseeiiiiiii détachezzzz moi s’il vous plaiiiiiiittttt !!!! Fit une voix suppliante dans un arbre.

Les fillettes levèrent le nez pour découvrir un grand suspendu la tête en bas par un pied qui s’agitait dans tous les sens dans l’espoir d’échapper à la corde qui le maintenait à la branche.

Au début elles crurent qu’il s’agissait d’une fille à cause de la longue tresse châtain qui pendait, mais elles s’aperçurent vite de leur erreur.

Pendant que Heero, et l’autre garçon qu’elles identifièrent comme l’un des cousins d’Asuka, Wufei, s’empressaient de s’emparer de longs bâtons pour se battre avec, l’adulte se retourna vers le pendu et fronça des yeux d’un air menaçant.

-Mais… C’est tatie Mizuhiro ! S’étonna Mimiko.

-Cette femme impressionnante est ta tante ? Je ne l’ai jamais vu au Clan de l’eau… Fit Asuka, surprise. En tout cas qu’elle est claaaaaasse… J’aimerais bien devenir comme elle plus tard !

-Tu l’as jamais vu parce qu’elle est mariée à un homme du Clan du Bois, expliqua Sumomo. Elle vient tous les ans pour la fête des mariées.

La jeune femme esquissa un fin sourire sadique en observant son élève se balancer. Les poings sur les hanches, elle avait une posture fière et victorieuse, une silhouette athlétique, de courts cheveux noirs légèrement hérissé, des yeux glacial qui figeaient sur place et un haut de kimono noir sans manche sur un short blanc et une paire de bottine en cuir.

-Tu ne descendras que lorsque tu auras appris le respect, la patience et la discipline ! Dussé-je t’y laisser toute la nuit !

-La nuit ?!? Ahhh nooon les corbeaux vont venir me picorer les yeux !!!! Vous ne pouvez pas faire ça !

-Ah oui ?! Je me demande si tu n’utiliserais pas mieux tes pouvoirs les yeux crevés ?!

-AAAHHHH LES GARS ELLE VEUT LE FAIRE !!! AIDEZ MOI, ME LAISSEZ PAS LA !!! ET ARRETEZ DE FAIRE SEMBLANT DE PAS ENTENDRE !!!

-Tu as entendu quelque chose ? Demanda Wufei à Heero alors que leurs bâtons se rencontraient.

-Moi ? Non, rien du tout…

-FAUX FRERES !!! TANT PIS, ON NE S’ECHANGERA PAS NOS MAGAZINES PORNOS PUISQUE VOUS LE PRENEZ COMME CA !!!!

Heero qui avait pour lui de ne pas se laisser déconcentrer facilement, en profita pour renverser Wufei, qui lui l’était un peu trop et qui avait pris une excellente teinte coquelicot indignée à cause des propos de Duo.

Il se retrouva donc à terre avec l’arme de Heero pointée sur sa gorge.

-Touché.

-Wuuuufeiiiii… N’est ce pas pour toi que nous faisons cette session d’entrainement… ? Explique-moi pourquoi c’est la troisième fois que tu te fais écraser ???? Demanda Mizuhiro-sensei en se détournant du châtain pour s’attaquer au brun qui écarquilla les yeux et serra les dents.

-Comment puis-je m’entrainer avec Duo qui fait et dit n’importe quoi !!! Se justifia t’il en fusillant du regard son camarade qui souriait comme un malade du bas de sa corde.

-Je ne veux pas d’excuse… Puis que tu aime tant mordre la poussière, tu vas me faire 500 pompes au soleil !!! EXECUTIONNNN !!! Quant à toi Heero, ne reste pas là à gober les mouches !!! Vas me chercher tes éventails !!!! Au pas de course !!! Vous vous croyez peut être en vacances, bande de mollassons !?!

-MAIS ON EST EN VACANCE !!! Répliqua Duo. Du moins il parait !

-… J’ai le pouvoir de te faire rester là jusqu’à ce que les corbeaux t’aient dévorés jusqu’à l’os…

-AAAHHH NOOON ! QUE QUELQU’UN ME LIBEREEEE !!!!

Les petites filles réprimèrent un frisson et Asuka se retourna vers ses amies :

-Elle est peut être classe mais elle fait peuuuuur !

-Entièrement d’accord avec toi… Approuva Sumomo. Et dire que c’est un prof de l’académie… Ca me rend moins pressée d’y aller !

-Dans un an ! Lâcha Mimiko en serrant les poings, motivée.

-Moi ce que je me demande, c’est si CA c’est un prof, à quoi vont ressembler les autres ???

-… Et si on retournait à nos cabanes ?

-… Ouais, bonne idée. Oublions ce que nous avons vu aujourd’hui.

-Oui, oublions ! Soyons frappée d’insomnie !

-D’AMNESIE, pas d’insomnie Mimiko !

***

 

Le soleil entrait déjà dans la pièce à travers les rideaux lorsque la bonne entra dans la chambre d’Asuka pour la réveiller. Se penchant sur le grand lit en chêne elle caressa la tête de la petite fille :

-Allez miss, il est l’heure de se réveiller. Votre mère veut que vous soyez bien apprêtée aujourd’hui.

La bonne traversa la pièce et tira les rideaux. La fenêtre avait été laissée ouverte et l’air frais du matin donnait à la pièce une température agréable.

Asuka se leva sur son séant avant de bailler et de s’étirer.

-Bonjour ma bonne.

-Bonjour lady. Avez-vous bien dormi ?

-Oh oui, j’ai fait un beau rêve, répondit t’elle en s’extirpant de ses draps pour se diriger vers la table où Carrie avait déposée un plateau où se tenait une tasse de thé, une assiette de porridge, une autre contenant un œuf avec du bacon et une autre où se trouvait des tatties scones recouverts de beurre.

-Tant mieux. Dépêchez vous de manger, vous allez prendre un bain aujourd’hui, annonça la jeune femme en tirant à elle une grosse bassine en bois.

-Un bain ? Mais pourquoi ? On est pas dimanche… Gémit Asuka en avalant sa tranche de bacon, regardant les domestiques qui rentraient avec des seaux d’eau pour remplir la baignoire.

Elle eut sa réponse lorsque sa bonne sortit de son armoire une boite de forme rectangulaire et plate, qu’elle ouvrit pour en sortir une étrange robe de soie chamarrée.

-J’espère qu’elle vous va encore… Pria Carrie en la dépliant sur le lit.

Asuka se renfrogna. Elle détestait cette robe. Ca signifiait que ce drôle de jour était de retour. Ce jour où sa mère l’emmenait au Clan de la Lune sans lui expliquer quoique ce soit, sans qu’elle ait le droit de poser des questions. Elle devait juste se taire pendant toute la journée.

Pour le coup, elle en perdu son appétit et sa bonne dû la forcer à finir son petit déjeuner sous les menaces.

Après quoi, elle dût s’immerger dans une eau tiède et supporter qu’on la frictionne sans ménagement avec un gant de crin. Elle eut beau gémir et se plaindre, ça ne servit à rien et Carrie finit par la sortir de l’eau pour la sécher dans une grande serviette.

Après quoi vint l’habillage, la tenue comportait plusieurs couches successives, plutôt lourde à porter, surtout lorsqu’on était habitué à porter un simple plaid pour tenue traditionnelle. Plus chaud aussi, donc désagréable en cette fin de mois d’aout.

Et le pire était sûrement la séance de coiffure qui suivait. Les cheveux d’Asuka n’était pas particulièrement docile et facile à coiffer et faisait le malheur de sa bonne qui lui tirait les cheveux avec son peigne pour essayer de les faire tenir en chignon.

Autant demander à la Tour de Pise de se redresser.

Après avoir plus ou moins réussi la coiffure, Asuka fut autorisé à se montrer à sa mère et suivit sa bonne d’un pas trainant en remerciant le ciel que tous ses cousins soient partis. Ils n’auraient pas perdus une si belle occasion de se moquer d’elle !

Entrant dans le salon de sa mère, elle vit cette dernière se lever d’un banc de bois pour leur faire face. Elle jugea sa fille du regard et cette dernière fit une petite courbette :

-Bonjour Mère.

-Venez donc m’embrassez mon enfant.

La petite fille ne se fit pas prier et trottina vers sa mère qui se pencha sur elle pour recevoir son baiser.

Contrairement à son frère cadet, Dan Hien, Lady Vixen avait hérité de cheveux blonds  vénitiens ondulés. Plutôt belle (bien que moins que Katsura.), on aurait pût pensé qu’elle se serait finalement mariée, et que son frère s’en serait bien évidemment chargé, mais celle-ci était l’ainée de la famille. Cette position lui permettait entre autre de foudroyer Dan du regard à chaque fois qu’il faisait une allusion à un quelconque prétendant.

Elle avait préférée continuer à s’occuper du Clan, aidant Lady Stuge dans ses tâches de gestion du personnel, et donner tout son amour à sa fille unique.

-Carrie, allez donc terminer la chambre, puis vous pourrez prendre votre journée jusqu’à ce soir.

-Bien Milady.

La bonne s’inclina et quitta la pièce.

Lady Vixen fixa la petite fille et comme toujours lorsqu’elle la voyait en entrevue (c'est-à-dire une fois par semaine : le dimanche, le reste du temps Asuka la croisait seulement une ou deux fois par jour.) elle lui posa des questions sur ses leçons afin de voir si elle étudiait bien. Une fois satisfaite, elle prit un petit panier et le mit dans les mains de la fillette.

Asuka savait qu’il contenait des offrandes pour le Temple de la Lune.

- Très bien, allons-y mon enfant.

-Oui Mère.

Elles traversèrent ensemble le château quasiment vide. Un contraste foudroyant avec le reste de l’année où l’on se marchait sur les pieds dans les couloirs et où il paraissait toujours trop étroit, trop petit, trop bruyant. En été le château retrouvait toutes ses lettres de noblesses, bercé par le vent et les pépiements des oiseaux. Asuka avouait qu’elle n’était pas vraiment triste de ne pas aller à Bright, car elle aimait vivre au château quand il était déserté. Elle pouvait prendre son petit déjeuner où elle voulait, elle pouvait passer la soirée dans le Hall à écouter les histoires des domestiques, elle pouvait flâner dans les couloirs sans être grondé par une de ses tantes sur son oisiveté et trainé de force aux cuisines pour aider. Et pas un cousin pour l’embêter dans les parages !

Sa mère et elle finirent par sortir du château, dévalant la douce pente sur un chemin aménagé en terre et en pierre. La belle herbe verte qui entourait le reste de l’année leurs terres avait été calcinées par le soleil et les brins jaunis étaient recroquevillés par manque d’eau.

Par ci par là se tenaient des petites maisonnettes, des « pavillons » comme on les appelait, où vivaient certains membres du Clan. 

Elle avait eu l’occasion d’entrer un jour dans la maison de Kyo, c’était petit mais douillet et chaque enfant pourvu qu’ils soient deux pouvaient avoir sa chambre. Ce qui était loin d’être le cas dans le château. Asuka n’         avait pas à se plaindre, faisant parti de la famille principale, elle avait droit à une grande chambre pour elle toute seule, mais certaines de ses cousines dormaient à 3 dans une chambre et elle savait même que certains enfants de bas âges partageaient celle de leurs parents.

Lors des jours d’affluences, tout le monde ne cessait de dire : « Vivement que les nouveaux bâtiments soient terminés ! ».

Et sa mère de leur répondre « Soyez patient ». En réalité elle savait très bien que lorsqu’ils seraient terminés, ils faudraient en reconstruire d’autre. Le Clan ne cessait de grossir et ce n’était pas Dan et sa manie des mariages qui allait stopper ce phénomène…

Lorsqu’un enfant naissait, c’était aussi à sa mère de réfléchir où ce dernier allait dormir. Et parfois elle devait subir des conflits entre familles mécontentes parce que l’un avait eu plus de place que l’autre. Ils leurs brayaient alors leur rang dans le Clan prétendant que leur famille était plus proche de la famille principale que celle de l’autre.

En réalité, les familles étaient tellement liées qu’elles formaient un schéma inextricable.

Lorsqu’elle n’arrivait pas à régler leurs conflits, elle faisait appel à son frère qui proposait alors de les héberger tous dans leur chambre à Stuge et à lui, trop grande à son gout pour deux personnes, ce qui suffisait à calmer les protagonistes qui s’empressaient de se faire le plus petit possible pour s’échapper de la pièce le plus rapidement possible.

Asuka trouvait que le Clan du Feu était un fouilli fouilla incroyable.

Elles arrivèrent en bas de la colline et traversèrent l’arche en Dolmen, quittant leurs terres. Elles remontèrent l’Allée Principale, passant prés de petits Clans dont les domaines étaient parfois fermés par des murs, parfois par des palissades ou des simples clôtures.

Hormis le Clan des Feuilles et leur muraille végétale, Asuka trouvait que c’était le Clan du Feu et sa muraille de Menhirs qui était la plus impressionnante. Des menhirs placés à intervalles fixe tout le long de leur frontière qui s’étendait bien au delà du village, dans la montagne, jusqu’à la mer. Cela ne bouchait pas leurs terres et c’était une preuve que le Clan du Feu était assez puissant pour imposer la peur du viol de ses frontières et ne pas avoir à se barricader.

Quittant les zones d’habitations, elles arrivèrent dans le quartier marchand, longeant le Clan de la Glace qui affichait sur ses murs des affiches de promotions pour les bains et les soins du corps. Dés onze heures il y aurait la queue devant l’entrée.

Finalement elles arrivèrent face au petit pont rouge qui enjambait la rivière pour mener sur la petite île qui était la demeure du Clan de la Lune.

Grimpant plusieurs marches, elles montèrent jusqu’au temple où les attendait un homme dans un hakama bleu foncé. Celui-ci s’inclina devant sa mère et elle fit de même en passant une main sur la tête d’Asuka pour l’obliger à la pencher.

-Je vous attendez Lady Vixen, Lady Asuka.

-Bonjour Maitre Winner, voici quelques offrandes pour votre Temple.

Asuka tendit son panier à l’homme qui le récupéra après un signe de remerciement.

-Puissent les esprits vous remercier de tout ce que vous faite pour notre temple.

-Ce n’est rien en échange de votre discrétion. Maintenant si vous me le permettez, j’aimerais monter jusqu’à l’autel de l’Air.

-Bien sur.

Elles s’inclinèrent à nouveau face à l’homme puis montèrent à nouveau une série de marche. L’Autel de l’Air étant l’un des plus hauts, il leur fallut escalader quasiment toute la petite colline. C’était une petite maison arborant le symbole du Clan de l’Air, à peu prés identique à l’autel du Feu. A l’intérieur se tenait les plaquettes des esprits des ancêtres du Clan. Lady Vixen alluma un bâton d’encens et s’agenouilla devant les plaques avant de faire signe à Asuka de faire de même.

-Asuka, tu dois remercier les ancêtres du Clan de l’Air comme tu le fais avec ceux du Feu.

-Mais… Je fais parti du Clan du Feu, pas de celui de l’Air…Pourquoi devrais je faire cela ?

-Tu as dix ans maintenant, tu es assez grande pour savoir que ton pouvoir, l’électricité, n’est pas celui du feu. C’est en réalité un mélange du feu et de l’air. Tout comme toi.

-… Je ne comprends pas… C’est pour ça que contrairement aux autres, je ne peux pas utiliser le feu ? Mes cousins me trouvent bizarres… Ils disent que je n’ai pas ma place au sein du Clan…

-Ton pouvoir est exceptionnel, plus puissant que le feu, mais plus difficile à contrôler. Tu n’as pas à en avoir honte. Tu n’es pas bizarre et tu as ta place au sein du Clan du Feu, car tu es ma fille.

Lady Vixen caressa affectueusement la joue de la jeune fille.

-Tu comprendras plus tard. Cependant je vais te raconter une légende de notre Clan afin que tu réalise la chance que tu as d’avoir un pouvoir pareil : Il fut une époque où le Clan du Feu n’existais pas, les Hommes étaient la proie du froid et des bêtes sauvages, ils ignoraient tout du feu, ils ne savaient même pas que cela existait. Mais un jour où le ciel était bas, rempli de nuages lourds et jaune, des loups affamés s’attaquèrent au Clan. Les hommes n’arrivaient pas à les chasser et ils invoquèrent les esprits de les protéger. Depuis le ciel, la Foudre entendit leur prière et se sentit triste pour eux, alors elle descendit du Ciel et en touchant la terre, elle leur apporta le feu. C’est la Foudre qui donna le feu à notre Clan et lui apprit à s’en servir. Toi qui maitrise la foudre, sois fière de posséder la puissance qui fit naitre le feu.

-C’est vrai ? C’est la Foudre qui a donné le feu à notre clan ?

-C’est ce que dit la légende.

Après avoir entendit cela, Asuka se sentait plus fière que jamais de son pouvoir. Effectivement, qui voudrait maitriser le feu quand on peut utiliser la foudre !

A ce moment elles tournèrent la tête en entendant des voix qui venaient vers elles.

Lady Vixen se leva avec souplesse, suivie de sa fille, et elles sortirent de la petite maison.

Devant elles montaient deux adolescents. Asuka les reconnus immédiatement pour les avoir vu quelques jours auparavant. Elle se cacha derrière la robe de sa mère en apercevant le brun au regard méchant qui était le « Survivant du Clan de l’Air », puis lança un regard intrigué au garçon à la longue tresse qui n’avait apparemment pas servi de repas aux corbeaux.

Il discutait joyeusement (et seul) avec son partenaire qui tirait une tête de six pieds de longs. Cette tête ne s’arrangea d’ailleurs pas en voyant les deux femmes du Clan du Feu devant SON autel. Qui plus est CETTE femme.

Celle-ci s’inclina devant lui :

-Bonjour Heero.

Il ne prit pas la peine de lui rendre la politesse et foudroya du regard Lady Vixen.

-Qu’est ce que vous faite là ?

La femme ne se laissa pas impressionner et tira Asuka de derriere sa robe avant de s’adresser au garçon qui l’accompagnait :

-Tu es Duo Maxwell, n’est ce pas ? Le maitre de l’ombre. Pourrais-tu t’occuper de ma fille pendant que je parle avec ton ami ?

-Bien sur Lady, répondit t’il avec un grand sourire, avant de se pencher vers l’enfant : Tu viens, je vais te montrer quelque chose d’amusant !

Asuka hésita un instant, jetant un œil à sa mère pour avoir son approbation, puis suivit le garçon qui avait l’air gentil.

Elle jeta un dernier coup d’œil vers sa mère qui se dirigeait avec l’autre garçon dans le cimetière.

-Je m’appelle Duo. Tu t’appelle comment toi ?

-Asuka, répondit t’elle.

Il la souleva pour la percher sur un gros caillou.

-OK Asuka, tu vois cette pièce ? Fit t’il en lui montrant une grosse pièce d’or.

Il l’enferma dans sa main sous le regard intrigué de l’enfant et rouvrit la main : la pièce avait disparut.

-Ho ! Elle a disparut !

-Oui c’est dommage hein, comment je vais payer mon repas maintenant ? Ha mais peut être que tu en as une dans l’oreille !

Il tendit sa main vers l’oreille de la petite fille et en sortit une jolie pièce dorée toute brillante.

Asuka applaudit en riant.

-Tu es un magicien ! Encore ! Fais autre chose !

-OK, je vais jongler avec des pierres…

**

 Lady Vixen et Heero s’arrêtèrent devant l’une des tombes qui formait le cimetière exceptionnellement grand du Clan de l’Air.

C’était la tombe de Odin Yuy, l’ancien Chef du Clan de l’Air, le père de Heero. A côté se trouvait la tombe plus vieille de sa mère, Kaede.

L’adolescent posa le bouquet qu’il portait à ses pieds.

-Je viens chaque an me recueillir sur sa tombe le jour de sa mort, commença Lady Vixen.

-On ne vous a rien demandé, répliqua Heero avec agressivité.

-Non. Je viens ici pour moi. Pour honorer la mémoire de l’homme que j’ai aimé.

Heero lui jeta un regard noir.

-Je n’ai rien dit à personne. Même mon frère ignore qu’Asuka est la fille d’Odin.

L’adolescent poussa un reniflement dédaigneux et ils restèrent tous les deux silencieux un moment.

-Tu sais, reprit Vixen, nous allions nous marier. Nous en avions assez de nous cacher.

-C’est faux.

-C’est la vérité, il attendait juste que tu sois prêt. Tu n’as jamais guéri de la mort de ta mère.

Heero se retourna brusquement :

-Occupez vous de vos affaires ! Je n’ai pas besoin que vous vous sentiez concerné par moi !

-Tu as le droit de me détester, mais je te pris humblement de ne pas retourner ta colère sur ta sœur.

-Elle n’est pas ma sœur ! Elle ne fait pas parti du Clan de l’Air.

-Peut être qu’un jour elle aura besoin de toi. Et tu ne peux nier qu’elle est la seule famille qui te reste. Tu ne peux pas non plus nier qu’elle possède le pouvoir de la foudre. Seul le fruit d’une union entre le Clan du Feu et de l’Air peut donner cette combinaison.

-Je vois que le Feu peut enfin se réjouir de posséder un membre maitrisant la foudre ! Fit avec cynisme le jeune homme.

Autrefois effectivement, les maitres de la foudre étaient l’apanage du Clan de l’Air. C’était un sujet délicat entre les deux Clans.

-Comment oses-tu ? S’exclama Vixen scandalisée. Quel enfant ingrat ! Après tout ce que fait mon frère pour toi ! C’est grâce à lui que tu manges, que tu dors au chaud le soir !        

-Merci de me rappeler ma condition d’orphelin, il ne me suffit pas d’entrer dans ma maison vide pour ça… Répliqua d’une voix sombre le garçon.

En réalité il appréciait énormément ce que faisait Dan Hien pour lui, car il était capable de le faire sans l’humilier, contrairement à cette femme qui, s’il n’y avait eu le Clan de l’Eau à détester encore plus, serait l’objet de toute sa haine.

Pour lui elle était celle qui avait cherché à prendre la place de sa mère, même si cette dernière était morte, à l’époque il était trop jeune pour en concevoir autre chose que ça.

Agacé par le comportement fermé de l’adolescent, Lady Vixen tourna les talons pour retrouver sa fille. Elle la trouva plus bas en train de rire face aux pitreries de son « baby sitter ». Ce dernier lâcha la grosse fleur rouge avec laquelle il était en train de faire une imitation de Dan Hien et s’effaça devant la lady.

-Maman ! Maman ! Duo fait de la magie ! Il a jonglé avec des pierres et brusquement il y en a une qui a disparut ! Il était tellement étonné que les autres lui sont tombés sur la tête !

-Je vous remercie d’avoir gardé ma fille.

-C’était un plaisir, assura Duo. Elle est vraiment choupinette !

-Nous rentrons, fit Lady Vixen en la déposant par terre : Tu dis au revoir ?

-Au revoir Duo !

-Au revoir Asuka !

Et la petite fille suivie sa mère qui commençait à descendre les marches, contente car pour une fois, cette journée bizarre avait été moins ennuyeuse que d’habitude.  

***

Comme à leur habitude, les membres du Clan du Feu rentrèrent à Yamamachi un peu avant le mois de Septembre pour se préparer à la grande chasse annuelle.

A ce moment là, la ville semblait reprendre vie : les rues se remplissaient à nouveau de passants et tous ceux qui avaient dû subir la morne routine s’empressaient d’apprendre les derniers ragots, infos croustillantes auprès de ceux qui revenaient bronzés. Chacun voulait savoir ce qu’ils avaient ratés et écoutaient d’un air envieux les mères parlant de diner chez les uns et les autres, de doux après-midi à l’ombre des tonnelles, les jeunes filles se vanter d’avoir dansé avec tel ou tel homme, voire même exhibant leur toute nouvelle bague de fiançailles, les hommes comparer leurs conquêtes féminine et les enfants racontant leur longues baignades et jeux à la plage.

Revenir à Yamamachi après Bright, c’était aussi pour certain, revenir d’un pays merveilleux et scintillant pour retomber dans la triste réalité. Ainsi certains hommes tournaient le dos à leur petite amie d’été en espérant que personne n’en n’entendrait parler et certaines filles regrettaient alors leur conduite légère et tremblaient à l’idée qu’on les ait aperçus au recoin d’un jardin.

Cependant une grosse partie du Clan du Feu n’avait guère l’occasion de répondre aux questions curieuses, la chasse annuelle était un évènement important dans le Clan qui devait se préparer à l’avance.

Durant deux semaines, il était question de remplir les réserves de viandes de toute sorte et d’en revendre une bonne partie au village. Mais ce n’était pas uniquement une question de nourriture, c’était aussi une fête d’ouverture de la chasse où la bière coulerait à flots et une cérémonie de passage à l’âge adulte pour les garçons qui avait atteint l’âge de la passer. Comme c’était le cas pour Wufei et Kyo Hien, qui à vrai dire, étaient survoltés en l’attente du quatrième jour de la chasse, et sincèrement heureux de quitter le groupe des enfants et des vieillards, qui eux, ne pouvant chasser, s’occupaient de dépecer, préparer et conserver les viandes (ce qui, vous en conviendrez, était un travail plutôt ingrat et faisait voir d’un mauvais œil aux enfants la fin des vacances.). 

Mais Heero Yuy était bien loin de tout ça lorsque ce fameux quatrième jour, il observa les membres adultes du Clan du Feu se diriger vers lui.

Lady Stuge fut la première à arriver à son niveau, les yeux pétillants, habillée de sa tenue de cavalière, les mains gantées.

-Heero, alors comment se porte t’il ? Lança-t-elle sans se préoccuper des salutations, posant une main sur son épaule.

-Il est en parfaite santé Milady, et prêt à donner tout ce qu’il a.

Il se tourna vers les faucons qu’il avait réunis sur des barres. Les oiseaux, capuchonnés et attachés, se tenaient tranquilles, remuant de temps en temps leurs ailes fauves, ou dansant d’une patte à l’autre, pressés de faire leurs preuves.

La jeune femme sourit de plus belle et se dirigea vers son oiseau qu’elle reconnaissait aux plumes rouges et vertes attachés à son capuchon.

Dan arriva à son tour et serra lui aussi l’épaule du jeune garçon avec chaleur.

-Ah ! Heero, tu as encore poussé de plusieurs centimètres depuis la dernière fois qu’on s’est vu !

-Maître.

Dan attrapa alors le jeune garçon par les épaules et l’obligea à se tourner avec lui vers les faucons :

-Et au sujet de nos deux jeunes recrues…

-Ils sont prêts, assura Heero, toujours un peu gêné par la façon dont se comportait le Maitre de Yamamachi avec lui.

Il montra de la tête deux faucons à l’écart qui ne portaient pas de capuchon, mais avait les paupières cousues de fil. Il en était ainsi depuis qu’on les avait sortis du nid, encore oisillons tout blanc. Depuis ils avaient grandi et mué, changeant de plumage.

Le dressage du faucon était un art perpétué dans la famille du Clan de l’Air et servait principalement au Clan du Feu, friand de chasse. Heureusement pour les membres de ce dernier, c’était quelque chose que l’on apprenait très tôt aux enfants, ainsi avec Heero, ce secret ne s’était pas perdu avec la destruction de son Clan.

-Ah heureusement que tu es là, Heero ! Annonça d’un air satisfait Dan, puis avec un brin d’exagération : Je ne sais vraiment pas ce que nous aurions fait sans toi !

Le jeune homme fronça les sourcils, Dan le tenait toujours et ne semblait pas décidé à le lâcher.

Alors que les adultes les dépassaient pour récupérer leurs oiseaux, Kyo et Wufei se figèrent auprès de leur Chef, tous les deux très solennel.

Ceux qui entraient dans le monde des adultes n’avaient d’abord le droit de participer qu’à une seule chasse : celle au faucon. Plus tard ils pourraient suivre leur parents lors des chasses à courre ou traquer eux même leur gibier en dehors de la saison de la chasse.

Les deux jeunes hommes observaient depuis longtemps leurs ainés avec envie et savouraient leur moment de gloire.

Cependant, l’un d’eux était plutôt agacé par le fait que le Maitre de Yamamachi semblait accorder plus d’attention à Heero, qu’à lui. Wufei avait déjà du mal à le supporter dans son équipe sans avoir à le revoir sur SON terrain.

-Mais j’y songe, continua Dan en s’adressant toujours au brun, tu as aussi l’âge de passer adulte !

-Oui mais…

-J’espère que tu nous ferras le plaisir de nous accompagner. Je ne sais pas si la chasse te fait envie (s’adressant à un homme derriere eux) Chuck ! Prépare-moi un autre cheval ! (puis revenons à Heero) mais j’insiste pour que tu participe à notre cérémonie après.

-Heu… Essaya de commencer le garçon avant d’être aussitôt coupé.

- Rassure-toi, nous serons entre hommes, ou presque, il est important de s’ouvrir à certaines choses quand on arrive à un certain âge… Tu vois ma femme là-bas ?!  

-Euh oui… Répondit Heero qui ne voyait pas où était le rapport alors que Dan l’entrainait vers les jeunes faucons.

-Elle est belle, hein ?

-Surement… Hasarda le garçon on voyant encore MOINS ce que ça avait à avoir.

-Comment ça  « surement » ? Elle est splendide ! N’importe quel homme doté d’un peu de bon sens peut s’en rendre compte ! Et tu es un homme doté de bon sens n’est-ce pas ?

-… Sans doute…

-Et nous serions malheureux de décevoir en quoique ce soit nos femmes, n’est-ce pas ?

-Euh…

Heero jeta des regards de SOS désespérés en arrière aux deux garçons qui les suivaient. Kyo répondit en haussant des épaules.

-Un homme digne de ce nom mettrait tout en œuvre pour complaire sa compagne. C’est notre rôle. Un digne rôle… Mais peut être que tu n’as pas encore trouvé celle qui fait battre ton cœur ?

-…

-Ce n’est pas grave ! Il vaut quand même mieux savoir ce genre de choses. C’est obligatoire si on veut devenir un vrai homme ! Je l’ai toujours dit à Aaron et à Yassid ! Mais eux ils continuent à perpétuer des traditions obsolètes. De vrais entêtés… Ne t’en fais pas mon garçon, même si tu n’as pas encore trouvé ta perle rare, sache que je suis là et que j’ai l’œil ! Je trouverais !

-Euh…

-Mais nous ne serions tout de même pas aussi « sauvage » que le Clan des Feuilles, il faut faire ça comme il faut. Ah ce sacré Eden ! J’en parlais encore avec lui quand…

Heero baissa la tête, vaincu : non seulement il ne comprenait pas la moitié de ce que lui racontait Dan Hien, mais en plus il n’y avait pas moyen de placer un mot dans cette discussion absurde.  Heureusement pour tous les garçons, ils arrivaient au niveau des faucons et Stuge vint leur prêter main forte, rappelant à l’ordre son époux.

Dan se fit alors moins prolixe et observa avec intérêt Heero user de son talent sur les oiseaux. Une fois ses deux derniers sur les poings de Wufei et de Kyo, la troupe monta à cheval et se dirigea vers la montagne. Les deux garçons, comme il était coutume, tuèrent chacun une proie et durent manger le cœur encore chaud de leur victime tandis que leur faucons se régalaient du foie. Quand ils rentrèrent, ils saluèrent la performance de Lady Stuge et Lady Katsura, les deux sœurs ayant comme d’habitude ramenés plus de proie que leurs compagnons.

-Comme on dit : ce sont les femelles faucons qui font les meilleures chasseuses, approuva Dan en passant près du cheval de sa femme et en lui posant un baiser sur la main, fier et admiratif.

Arrivé au château les hommes se regroupèrent ensemble dans une des tours pour leur cérémonie secrète, pendant que les femmes profitaient de leur absence pour se détendre à leurs façons dans le grand hall.

Le lendemain, les « nouveaux hommes » durent admettre que Dan avait eu raison : cette soirée s’était révélé des plus instructives et ils n’étaient pas prêts de l’oublier…

 

A suivre…